Parcours


Je suis entré en sculpture il n’y une petite dizaine d’année. La sculpture ne relève pas d’une décision, « demain, je serai un artiste », mais à posteriori, je compare cette situation à un long processus de maturation, qui aboutit à « s’autoriser à ». Autodidacte donc, je suis « l’homme du commun à l’ouvrage » de Jean Dubuffet, grand pourfendeur de l’artiste démiurge ou thaumaturge. Celui que décrit David Smith, qui « sait que la sculpture se fait avec des choses ordinaires, que les sculpteurs sont des gens ordinaires qui se sont débarrassés de toute distinction pour revenir à l’ordinaire, à l’état brut… Je ne dépose pas l’aquarelle ou l’encre sur le papier,  je ne travaille pas en surface. Je m’attaque à l’épaisseur de la matière et à la trace de l’expérience. Les compressions et les plaques de métaux sont des palimpsestes sur lesquels j’inscris ma trace personnelle. Pour paraphraser François Dagognet : suis-je un dadaïste qui ironise ? Suis-je un plasticien écologiste qui exhibe les restes de l’hyper consommation pour la dénoncer ? Plus intimement, c’est probablement mon rapport au temps  à la dégradation, et la meurtrissure que je mets en jeu : «… l’apollinien qui s’efface devant le dyonisaque ».

Mon mode opératoire s’est construit en phases successives et ritualisées : la recherche de lieux de collecte,  une errance dans les coins les moins reluisants du tissu urbain, friches industrielles, déchèteries, entreprises de récupération. Le hasard (?) veut que l’industriel qui me fournit aujourd’hui ait précédemment alimenté César en compressions. Ensuite stocker, laisser mûrir l’idée, et enfin me mettre au travail. C’est la quête d’un accidentel heureux, celui que décrivent Soulages et Dubuffet, l’illustration de ce processus que les anglo-saxons nomment du beau terme de « serendipity ».

Les influences sont centrales, Nouveaux Réalistes, Dubuffet, Julio Gonzales, David Smith. Tout cela prend du sens dans ce que Michael Peppiatt appelle « le feu sous la cendre ». Le digest à ma façon des influences réciproques définit ma carte mentale, ma compréhension des forces à l’œuvre. Il m’est difficile de le rationaliser, donc je l’accepte et j’en fais mon identité d’artiste. 

 

Aujourd’hui, je continue de progresser en équilibre précaire dans la zone ouverte par le ré usage des matières, que j’essaie d’inscrire dans un langage contemporain. Dans la séquence itérative de l’idée au geste, le matériau semble parfois prendre la main sur l’intention. Les forces centrifuges et l’incertitude sont peut-être les moteurs même. Les compressions continuent de tirer vers la visagéité quand les grandes tôles colorées s’assemblent en mosaïque abstraites. Aujourd’hui vient le temps de créations plus dilatées, et l’envie d’investir l’espace public pour faire partager plus largement.

Olivier FREMONT                     Sculpteur Métal Bronze

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